La transparence des salaires désigne l’ensemble des règles visant à rendre plus lisibles les critères de fixation, d’évolution et de comparaison des rémunérations au sein des organisations.
Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas de rendre publics les salaires individuels, mais de permettre à chaque collaborateur d’accéder aux moyennes de rémunération par catégorie de poste et de comprendre sur quels critères reposent les écarts éventuels.
Ce principe est au cœur d’une directive européenne votée en 2023, qui doit être transposée en droit français d’ici juin 2026.
Depuis plusieurs semaines, le sujet fait réagir.
L’ANDRH a demandé un délai pour la transposition de la directive, évoquant un calendrier serré et des conditions de mise en œuvre encore insuffisamment stabilisées. L’association ne remet pas en cause l’objectif d’égalité salariale. Elle alerte sur les risques sociaux, managériaux et juridiques d’une application mal préparée.
Ces alertes sont légitimes.
Mais elles masquent parfois un point essentiel :
au-delà de la contrainte réglementaire, la transparence salariale ouvre de véritables opportunités pour les organisations.

Une opportunité de structurer enfin une politique de rémunération
Selon une enquête interne de l’ANDRH, 78 % des entreprises déclarent ne pas disposer aujourd’hui de politique de rémunération formalisée.
La directive agit ici comme un accélérateur.
Elle pousse les entreprises à documenter leurs règles, à clarifier leurs critères, à rendre explicites des décisions jusqu’ici souvent implicites.
Ce travail, bien mené, dépasse largement la question de la conformité.
« On observe que la directive oblige surtout les entreprises à faire un travail qu’elles auraient dû engager depuis longtemps : formaliser leurs règles. » — Claire Baruffi
Une opportunité de professionnaliser les pratiques managériales
Dans l’étude APEC 2025, 62 % des managers estiment que la transparence peut détériorer le climat social.
Ce chiffre traduit une crainte compréhensible.
Mais il révèle aussi autre chose : beaucoup de managers ne se sentent pas armés pour parler rémunération.
Former les managers à :
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expliquer une rémunération
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expliquer une évolution
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expliquer un écart
devient un levier de professionnalisation managériale.
La directive crée donc une occasion de renforcer la qualité du management.
Une opportunité d’améliorer l’expérience candidat
Avant l’embauche, la directive prévoit l’affichage de la rémunération ou d’une fourchette dans les annonces.
C’est une contrainte.
Mais c’est aussi un gain.
Les entreprises qui communiquent clairement sur la rémunération :
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réduisent les incompréhensions en fin de process
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évitent des négociations tardives
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améliorent la qualité des candidatures
La transparence permet de recruter plus vite et plus juste.
Une opportunité de renforcer la marque employeur
Selon l’APEC, 6 cadres sur 10 souhaitent que les salaires soient plus visibles.
Dans un marché où les candidats recherchent des environnements lisibles et équitables, la transparence devient un signal fort.
Une organisation capable d’expliquer ses règles envoie un message clair :
ici, les décisions sont structurées.
« La transparence salariale, bien travaillée, peut devenir un marqueur de maturité employeur. » — Claire Baruffi
Une opportunité de créer un climat de confiance
Le flou nourrit les interprétations.
Les interprétations nourrissent les tensions.
À l’inverse, des règles connues, même imparfaites, sont souvent mieux acceptées que l’opacité.
La directive peut ainsi devenir un levier pour instaurer une relation plus adulte entre l’entreprise et ses collaborateurs.
Par où commencer concrètement
Revoir les fiches de poste
S’assurer que chaque poste dispose d’une description claire, à jour, partagée, précisant les missions, le niveau de responsabilité, les compétences attendues et les critères d’évaluation.
Clarifier les grilles de compétences
Définir ce qui est attendu à chaque niveau de maîtrise afin d’objectiver les différences de positionnement entre deux collaborateurs occupant des fonctions proches.
Structurer des grilles salariales
Construire des fourchettes par métier et par niveau, intégrant salaire fixe, variable et avantages, pour disposer d’un cadre commun compréhensible et défendable.
Identifier les écarts
Analyser les différences existantes, comprendre leur origine et documenter celles qui sont objectivement justifiées.
Former les managers
Donner aux managers les clés pour expliquer les règles, les décisions et les trajectoires de progression, avec un discours aligné.
Pas besoin d’attendre juin 2026 pour engager ces chantiers.
FAQ Transparence des salaires
La transparence des salaires signifie-t-elle que tous les salaires seront publics
Non. La directive européenne prévoit l’accès à des moyennes de rémunération par catégorie de poste et l’obligation pour l’entreprise d’expliquer les écarts, pas la publication des salaires individuels.
La transparence des salaires est-elle obligatoire dès maintenant
La directive doit être transposée en droit français d’ici juin 2026. En revanche, les bonnes pratiques qu’elle impose (documenter, structurer, expliquer) peuvent être engagées dès aujourd’hui.
Quels sont les principaux risques pour les entreprises
Les risques sont à la fois juridiques (sanctions, contentieux), sociaux (tensions internes) et managériaux (difficulté à expliquer les décisions).
La transparence des salaires peut-elle devenir un levier de marque employeur
Oui. Lorsqu’elle est structurée, elle renforce la perception d’équité, de professionnalisme et de maturité de l’organisation.
Faut-il avoir une politique de rémunération formalisée
Oui. C’est le socle indispensable pour répondre aux exigences de la directive et sécuriser les pratiques.
Par quoi commencer
Par la mise à jour des fiches de poste, la clarification des grilles de compétences, la structuration de grilles salariales et la formation des managers.
Pour aller plus loin
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Communication RH : définition, enjeux et stratégie pour les RH
-
Stratégie de marque employeur : méthode RH et exemples concrets
- Et l’excellent livre de Sandrine Dorbes » La rémunération n’est pas qu’une question d’argent« , éditions Dunod.
La transparence salariale n’est pas qu’une obligation.
C’est une occasion de faire mieux. Nous pouvons vous aider à transformer cette contrainte en opportunité de gagner en attractivité.



